Nella stessa rubrica

Caroline

Alex

Osmane

Joseline

Joseline

Joseline (Originaire de la Côte d’Ivoire, 37. Elle a travaillé huit mois avec l’identité d’une parente éloignée)

G : Comment t’es arrivée en France?

J : Je suis arrivée en 2000, avec un visa touristique

G : Avec l’idée de rester?

J : Oui, avec l’idée de rester... no, même pas. Je ne connaissais pas les lois, je croyais que je pouvais rester autant que je veux. Avant il n’y avait pas de visa entre Côte d’Ivoire et la France. Moi je suis commerçante à la base, je achetais des produits cosmétiques à travers une hôtesse Air France et je les revendais dans mon magasin. Je me suis dite que si je venais moi même ça aurait été plus simple

G : Pour acheter, revendre, faire plusieurs aller-retour...

J : Voilà. Après je suis venue et ils m’ont dit que c’est pas comme ça. Alors je suis restée.
De toute manière je suis pas la seule, tout le monde se prête les papiers, mais moi je ne voulais pas rester dans ce système, j’ai acheté ces papiers parce que je voulais aller soit en Angleterre, soit aux États-Unis. Je les ai eu dans le but de travailler et de voyager, pas pour agresser une banque ou dans le but de voler, de prendre une grande somme de crédit dans les banques, no!

G : Donc t’es arrivée en 2000, t’es arrivée chez qui? T’avais de la famille ici?

J : Mais oui, j’avais le petit frère de ma mère ici, lui il est français. Il y a les enfants plus sa femme

G : Donc t’es arrivée chez lui : il t’hébergeais?

J : Il savait que j’arrivais et il est venu me chercher à l’aéroport et je suis restée chez lui

G : Et il t’as proposé toute suite de prendre les papiers de....

J : No, no, il m’a pas proposé toute suite! Quand t’arrive, au moins 2-3 mois il faut chercher du travail toi même! J’ai laissé ma mère, mon père, je suis une grande fille, je vais pas m’assoir là comme ça, mais non. Il m’héberge, c’est temporairement, c’est pas définitif eh!

G : Donc t’as cherché du travail au noir?

J : Oui, du travail au noir je n’ai eu. Mais quand tu n’as pas des papiers et tu travailles chez quelqu’un t’es plus maltraitée, il t’arnaque, tu travailles plus d’heures que prévu... et tu n’as pas le choix. Je l’ai fait deux fois, une fois chez un juif, à Nation, je faisais du ménage, du repassage, je gardais un enfant et je me tapais tout le pavillon, mais attends! Je me suis sentie fatiguée et un matin je suis partie.
Mon oncle mi disait: "tu travailles du lundi au vendredi et en plus t’es payée ça?! Et on peut rien faire parce tu n’as pas des papiers..". Mais c’est quoi les papiers, j’ai mon visa, mais c’est pas ça!

G : Mais... tu connaissais pas des gens qui avaient eu le même problème, qui étaient partis, qui avaient eu des problèmes de visa, de papiers,...?
J : Je ne me promène pas dans mon pays pour chercher qui ont rapatrié ou pas!!

G : Il n’y avait pas des histoires qui circulaient?

J : No. Moi j’ai quitté chez moi. Comme le marché avait brulé, j’ai appelé mon oncle et je lui ai dit que je voulais venir en France et travailler. Une année s’est écoulé et je suis partie.
On est dans un monde! Il faut se promener pour pouvoir voir, il faut sortir de son pays... les gens sont ici pendant 20 ans et n’ont pas de papiers, moi je suis venue et après 5 ans j’ai eu mes papiers. Il faut se battre dans la vie, moi je suis pas venue pour me promener, pour arnaquer les gens, no, no, no... Je suis battante, j’ai finis pour m’en sortir

G : Alors t’as travaillé chez ce monsieur et après...

J : Oui, j’ai arrêté parce que je suis fatiguée, quand je vois l’argent tous les mois, beh, ça m’énerve! Et j’ai encore eu une deuxième personne, à Vincennes. Ils savent que j’ai pas de papiers, mais après ils ont déménagé. Sinon il y a jamais eu des problèmes, ils m’ont dit que au bout de 2-3 ans ils allaient me trouver des papiers.
Après je me suis dite que je voulais garder des enfants. J’ai demandé dans la rue aux femmes qui gardaient les enfants et elles m’ont dit que si t’as les papiers tu peux passer le concours de puéricultrice mais si tu n’as pas les papiers tu peux les emprunter de ton parent, de ton ami dans la communauté, parce que tu ne peux pas être noire et prendre les papiers d’une blanche pour aller travailler.
Moi j’ai dit que j’allais écrire mon roman, un livre sur mon histoire parce que, voilà! Mais je ne sais pas comment il faut faire, pour aller chez un éditeur... Moi j’aurais souhaité raconter mon histoire, même si je mets pas mon nom ou alors si je mets mon nom je m’en fiche, j’aurais souhaité écrire un livre sur ça, sur les sans-papiers, sur quelqu’un qui prend usurpation d’identité,... c’est vrais que c’est pas condamnable mais il y a des usurpations d’identité qui sont plus condamnables parce que tu utilises le nom de quelqu’un pour aller prendre le crédit à la banque et c’est la vrais personne qui paye, pas toi, ou alors tu fais n’importe quoi...

G : Oui, sinon t’as pas le choix, pour travailler...

J : Il faut travailler, s’il te prête ses papiers tu les prends pour travailler, tu prends pas pour faire un crédit sur son dos, pas pour faire n’importe quoi! De toute manière, on ne prend pas les papiers, on prend juste le numéro de sécurité sociale pour pouvoir te déclarer, tu ne prends jamais la pièce d’identité de quelqu’un pour la garder! Tu prends juste la photocopie de son passeport, de son titre de séjour et de sa carte vitale, c’est avec ça que t’y va et tes patrons te déclarent. Tu prends pas sa carte, tu utilises juste son nom, voilà

G : Et du coup, après, comment ça s’est passé?

J : J’ai travaillé et après j’étais enceinte et je me suis déclarée...

G : No, mais...là t’avais déjà les papiers de quelqu’un?

J : No, quand j’étais enceinte no. Parce que en 2002 la personne qui m’avait prêté ses papiers m’a appelé et m’a dit de laisser ses papiers sinon elle va appeler mon bureau...

G : Mais comment t’as eu les papiers de cette personne?

J : Je viens de te dire que la personne me les a donnés! Elle a fait la photocopie, c’est elle qui m’a proposé!

G : Oui, mais c’était qui?

J : C’était une autre personne

G : C’est une connaissance, quelqu’un de la famille,...?

J : Oui, elle est de la famille, c’est la nièce par alliance de mon oncle. Quand je suis arrivée elle était déjà dans l’immeuble, mon oncle était au premier et elle au deuxième. Donc c’est elle qui m’a dit : « depuis que tu vas au travail t’as les papiers de qui? » « Comment ça? Moi je travaille avec mon nom! » . Et elle m’a dit : "ah, ils vont t’arnaquer eh!". C’est après que j’ai arrêté de travailler parce que les patrons étaient partis. Et là un samedi elle m’appelle et m’a dit que si je voulais travailler je pouvais aller chercher ses papiers et elle m’a fait la photocopie de la carte vitale. Comme ça j’ai travaillé, mais elle chaque mois m’appelle pour que je lui donne des sous...

G : Vous vous étiez mise d’accord sur une somme?

J : Oui. Elle voulait que je lui donne les fiches de payes et 230 euros, et moi je gagnais 1150 euros. Donc elle a vu la fiche de paye et m’a dit que le mois prochain elle voulait 400 euros, j’ai dit : "no, je te donne 300". Trois mois après elle dit d’augmenter, elle veut 500 ou j’arrête. J’ai dis que de toute manière je vais arrêter. Donc quand elle m’a menacé je me suis dite que c’était juste parce que elle était fâchée. Je travaillais à Strasbourg Saint-Denis-Bonne Nouvelle, quand j’étais encore dans le train elle appelle chez mes patrons! Comment elle a eu le numéro!? J’avais gardé les bébés 8 mois, elle les appelle pour leur dire que je m’appelais pas Anne mais je m’appelle Joseline et que j’ai volé ses papiers. Mon patron demande si elle avait fait une déclaration, et elle dit oui. Comme elle est partie au commissariat, il parait que je suis la cinquième personne! Elle donne ses papiers à chaque fois et puis elle appelle pour dire que la personne a volé. Ce qui a fait que moi j’ai été libérée. Mon patron a appelé les policiers, ils ont dit : "nous sommes pas de l’immigration! Est-ce qu’elle a volé?", et le patron a dit : "no, mais seulement c’est pas son nom". Et ils ont dit: "donnez-lui ce que lui devez et laissez-la partir, nous ne pouvons pas régler ça". Et les policiers sont partis

G : Et t’as du parler avec eux?

J : Oui, j’ai parlé avec mes patrons, je leur ai dit mon nom. Donc, ils ont dit "on arrête" et n’ont pas voulu me payer ce qu’ils me devaient parce que ces papiers n’étaient pas à moi! Je suis rentrée chez moi

[...]

Il progetto
Français
English

Interviste e racconti
Africa
Europa
Nord America
Sud America
Australia
Asia

Politiche migratorie e dispositivi di controllo
Interviste e documenti
Cronologia

Immagini e Video
Video
Immagini

Links
scritture migranti
escrituras migrantes
Passaparole Milano

Iscriviti alla Newsletter