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Osmane

Osmane (36 ans, Mali. Il a travaillé pendant 10 ans dans la même entreprise de démolitions en utilisant pendant 8 ans deux identités différentes)

G : Quand est-ce que t’es arrivé en France?

O : le 25 septembre 98

G : Et t’as travaillé toute suite chez Adec?

O : Oui, en novembre j’ai commencé à travailler avec Adec, jusqu’en octobre 2009

G : Et t’as déjà fait des demandes des régularisations?

O : Oui en 2008 je voulais, mais le patron n’a pas voulu m’aider, il a dit que ça allait couter trop cher. Il m’a fait une promesse d’embauche mais après il m’a dit qu’il ne pouvait pas payer la taxe...et c’est finis comme ça

G : Comment t’es rentré à travailler là-bas?

O : Ils avaient un copain qui travaillé là-bas et qui je connaissais et comme il y avait du boulot ils m’ont appelé. Quand on est arrivés au chantier ils m’ont demandé mon titre de séjour mais ils se sont rendus compte que c’était pas moi sur la photo mais il m’a pris quand même

G : C’était un titre de séjour...?

O : D’un copain. Mais en 2004 il m’a dit que je ne pouvais plus travailler avec à cause des impôts. Alors je l’ai demandé à quelqu’un d’autre et je pu travailler encore

G : Le premier copain c’était quelqu’un que tu connaissais du Mali?

O : Oui, on est du même village, du même quartier au Mali, on est amis

G : Et quand t’es arrivé c’est lui qui t’hébergeait?

O : Non. J’étais chez un cousin où je suis resté 7 ans. Lui c’est juste pour bosser avec sa carte

G : Et c’est lui qui t’as proposait ou toi qui a demandé?

O : C’est moi oui

G : Parce que tu savais que c’était comme ça que ça se passait..

O : Oui

G : Tu le savais déjà avant de partir ou tu l’as su ici?

O : Je l’ai su quand je suis arrivé

G : Et t’as aussi essayé de travailler au noir?

O : Oui..mais ça m’arrange pas trop : quand tu travaille au noir t’es payé 40 euros par jour. 39 euros = 200 euros par semaine. 40 euros ça fait pas beaucoup. Et les boulots que j’ai fais je sais, avec la carte, combien ça coute. Là où je bosse ils savent que je n’ai pas de carte et ils me payent comme ils veulent

G : Ah bon? Ils ne te payaient pas normalement? Par ce que ils savaient que t’étais déclaré sous le nom d’une autre personne...

O : Voilà, c’était ça. J’ai travaillé avec la mini-paille et je découpe les ferrailles, tout ça c’est un métier, mais moi j’étais payé comme un déboutant

G : Donc t’étais payé plus que si t’étais au noir, mais moins que le normal parce qui ils profitaient de la situation

O : Voilà! Au noir la journée c’est 40 euros et la semaine 200, avec la carte de quelqu’un c’est 60 euros et 320 la semaine. Sinon le métier que j’ai, je sais combien ça coute, c’est 450-500 par semaine! Et on plus on faisait le même boulot

G : Du coup à l’employeur ça l’arrangeait : il avait des travailleurs déclarés mais qu’il pouvait payer moins

O : Voilà

G : Et il y avait beaucoup des gens dans ta situation là-bas?

O : Beh oui! On est 70 personnes qui sont en grève, qui bossent là-bas depuis des années! Une partie avec une fausse carte et les autres comme moi

G : Donc tous les travailleurs étaient déclarés?

O : Oui

G : Et comment ça se passait pour toi? Tu payait ton copain tous les mois?

O : Mon cas c’était pas comme ça. Je payais une partie quand les impôts arrivaient.

G : Mais il te demandait de l’argent chaque moi..

O: Non, lui non

G : T’as eu de la chance!

O : Non, parce qu’il me connait depuis que je suis tout petit, on peut dire qu’on est de la même famille. Ce n’est pas bien de prêter sa carte, mais si t’as un frère qui n’a pas de papiers tu peux pas le laisser crever, il faut qu’il bouge, il ne peut pas rester à la maison dormir!
Et si t’as pas de travail, il vas pas te laisser crever, il est obligé de t’aider : il te donne 30 euros...

G : Donc finalement c’est mieux prêter la carte que donner de l’argent...

O : Voilà

G : Et comme l’argent arrivait sur son compte, tu n’avais pas de problèmes chaque mois pour avoir l’argent? Il te donnait toute suite?

O : Beaucoup des gens ont des problèmes avec ça, mais pas moi. Certains travaillent pour 2-3 mois et ils n’ont pas l’argent

G : Et avec la deuxième personne qui te prêtait son titre de séjour ça c’est passé pareil?

O : Oui

G : C’était un ami d’enfance aussi?

O : On est du même village mais on se connaît d’ici, avant juste on se connaissait de vue

G : Et lui ne te demandait pas de l’argent?

O : Lui il me demandait chaque mois 100-150 euros pour payer les impôts à la fin de l’année

G : Et lui aussi il te donnait l’argent sans soucis?

O : Oui, oui

G : Et c’est des gens que tu vois dans la vie de tous les jours? Ou la relation a changé?

O : No, ça a pas changé

G : Et il travaillait lui?

O : Oui, il travaille

G : T’as eu de la chance par rapport à plein de gens!

O : Oui, on peut dire ça. Mais on ne peut pas comparer tout le monde : il y en a qui sont sérieux et qui ne sont pas sérieux...il faut faire attention, pas travailler avec la carte de ceux qui ne sont pas bien

G : Et quand t’as voulu te régulariser t’as fait valoir tes années de travail?

O : Beh oui, au niveau de la préfecture ils savent très bien. Je peux dire que tous les Maliens, la plupart au moins, ne volent pas, ne veulent pas de ça, et donc ils travaillent. Et ils sont obligés de trouver une fausse carte ou la carte de quelqu’un

G : Et toi t’as pas pensé d’avoir une fausse carte?

O : Oui, oui, je l’ai fait. Parce en 2004, quand j’ai arrêté de travailler avec la carte de mon copain j’ai acheté une fausse carte et je l’ai utilisé pendant 1 an et demi-2 ans. Mais après, avec la nouvelle loi, les patrons de la boite d’intérim nous ont dit qu’il fallait arrêter avec les fausses cartes.
En fait, nous nous avons à faire avec la boite d’intérim et avec Adec. Les deux regardent les papiers mais ils laissent travailler : tout le monde le sait mais il s’en fout. Même les fausses cartes, ils nous laissaient bosser avec. Mais après ils nous ont dit de sortir une vrais carte, même si de quelqu’un d’autre.
Tous les intérims font comme ça, et ils t’offrent une chiffre plus bas et ils savent que t’es obligé d’accepter parce que t’as pas de carte. Ils font leur intérêt...

G : Du coup après t’as commencé a travailler avec l’autre carte...

O : Oui.

G : T’aurais préféré continuer à bosser avec la fausse carte?

O : Oui, idéalement oui. Même si tu cotise tu touchera rien quand même, mais ça aide pour la régularisation. Et en plus, si tu bosses avec la carte de quelqu’un, s’il a un accident ou il veut aller au chômage ou il veut voyager, t’es obligé d’arrêter..
.

G : Tu dépends de quelqu’un

O : Oui, voilà. Avec une fausse carte tu travailles et après t’arrêtes quand tu veux. C’est ça la différence

G : Donc, les grévistes d’Adec à la base travaillaient avec une fausse carte et puis ont pris la carte de quelqu’un d’autre

O : Oui, beaucoup oui. Et comme Adec s’en fut, ils changent même plusieurs identités, travaillent avec plein de noms différents. Moi, j’ai travaillé avec 3 nom différents par exemple.

G : Et au niveau de ton identité, les gens t’appelaient comment au boulot?

O : Osmane, c’est mon nom!

G : Oui, oui

O : Quand j’ai acheté la fausse carte ils ont connu mon nom et depuis ils m’appellent tous Osmane

G : Et au niveau des patrons?

O : Tout le monde me connait dans la boite et m’appelle Osmane. Bon, les patron n’est pas dans le chantier tous les jours donc il m’appelle avec l’autre nom, mais avec les collègues no, on travaille ensemble depuis des années, on se connait. Ceux qui ne sont pas connus ont les appelle avec le nom de leur carte

G : Ça t’es arrivé de devoir un peu mentir?

O : Oui, mais surtout par rapport au nom.
Mais 10-12 dans le cachette c’est pas du tout facile. Souvent tu aimerais bien te reposer et tu ne peux pas. Moi, pendant ces 12 ans, je ne me suis reposé que 2 mois

G : Parce que t’avais peur après de ne pas pouvoir recommencer

O : Je me suis reposé que 2 mois en 2004. Des 98 jusqu’à 2004 j’ai n’ai jamais été en démission ; alors, normalement les intérim au bout de 6 mois ou t’es embauché avec un CDI ou le patron te licencie. Normalement c’est comme ça. Maintenant chez Adec on est depuis 10 ans toujours en CDD, parce qu’ils savent que la carte c’est pas à nous. T’es obligé d’assumer, il faut aller travailler. T’es obligé de tout faire même si tu sais que c’est pas normal
G : Donc c’est un peu comme travailler au noir...
Tu aurais préférais travailler au noir?

O : No, au noir ça va pas du tout. Surtout j’aime bien payer les impôts et avoir les factures à mon nom, pour montrer que je ne suis pas un voyou mais je suis un travailleur comme les autres

G : Donc tu payais les impôts?

O : Oui, je paye quelque chose. Et puis je paye aussi avec la personne qui me prête la carte

G : Donc tu payais les impôts deux fois pour avoir une preuve...

O : Voilà, comme quoi je bosse. C’est juste pour montrer au gouvernement que je suis un travailleur comme les autres, seulement je n’ai pas de carte. C’est pas facile eh?

G : Surtout que si ça convient à tout le monde ils vont pas vous aider pour vous régulariser

O : Oui, parce que sinon on sera comme les autres

G : Et t’as jamais pensé de chercher un autre patron?

O : Maintenant c’est pas possible

G : et tu penses faire quoi?

O : Je reste en grève jusqu’à que on nous donne la carte. Ça fait déjà 8 mois mais moi personnellement je reste en grève

G : Et avec ton travail tu envoyais aussi de l’argent au Mali?

O : Oui, la plupart des Maliens à ça famille, leur femme là-bas, ils travaillent quelques années et puis s’en vont

[...]

G : Et avec les collègues, vous en parlez de votre situation par rapports aux papiers?

O : Beh oui! Et c’est des choses qu’on sait, chaque fois par exemple qu’on doit faire les badges... il arrive que dans certains chantiers tu dois faire les badges tous les jours, donc ceux qui n’ont pas de carte sont dans le même problème. A la fin tu le dis clairement "je ne pas de carte". En général, Adec s’arrangeait avec les donneurs d’ordres pour qu’on fasse le badge seulement un jour. Et là aussi personne s’en fichait de la photo.

G : A part le travail, tu utilisais la carte ou l’autre nom pour d’autres choses?

O : No

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