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Caroline

Alex

Osmane

Joseline

Alex

Alex (28 ans, originaire de la Côte d’Ivoire. Il a travaillé quelques mois avec une identité d’emprunt)

G : Tu viens d’où?

A : Côte d’Ivoire, je suis arrivé en 2008

G : T’es venu comment?

A : Dans l’avion, j’avais un visa touristique, je suis venu par l’Italie

G : Ton projet c’était de venir en France?

A : Oui, c’est ça, comme j’ai des amis ici ils m’ont dit de venir là

G: Comment t’as trouvé ce travail?

A : Bah, c’est un ami que je connaissais qui travaillait là-bas avant. Il nous a mis en contact avec le propriétaire du resto, s’il avait besoin de quelqu’un d’autre pour travailler... Un jour il m’as appelé comme ça de venir. Je suis allé et j’ai commencé

G : Et t’avais déjà les papiers de quelqu’un d’autre à ce moment-là?

A : No, c’est celui qui m’a mit en contact avec lui qui m’a donné ses papiers

G : Du coup l’employeur était au courant...?

A : No, parce que mon ami au moment qu’il travaillait avec lui il travaillait aussi avec les papiers de quelqu’un d’autre. Donc il m’a passé son papier et puis j’ai commencé

G : Et c’était un titre de séjour?

A : Oui, la carte là...

G : Et tu n’as pas du montrer ta carte identité, ton passeport?

A : No, il demandait le titre de séjour et la carte vitale. Il ne faisait pas de vérifications, seulement si c’était un bon ou si c’était faux. Il garde une copie et puis te le donne, voilà

G : Et comment tu t’es arrangé avec cette personne?

A : Il prenait une somme à la fin du mois

G : Tu lui donnais quelque chose chaque mois?

A : Oui, pour le droit des impôts en fait

G : Du coup tu payais pas quand les impôts arrivaient chez lui?

A : No, seulement chaque fin du mois, comme l’argent arrivait à son compte donc il enlève les frais des impôts et le reste il me donne quoi.

G : Et c’était un bon ami?

A : Oue... à la fin du compte là, il avait commence à faire... souvent il me donnait pas tout l’argent.. c’est devenue une histoire mal avec lui jusqu’à... bon, jusqu’à que ça s’est arrêté quoi, à trois mois ça c’est arrêté quoi..

G : L’amitié?

A : No, le travail.
Il te donnait bien peu, il te disait no, il y a pas l’argent, le compte est vide, et tout cela quoi, pour avoir ton argent c’était tout un problème, tu vois?!

G : Chaque fois tu devais aller demander ton argent...

A : Après 5 mois même que le travail s’est arrêté il me devait encore de l’argent

G : Il a payé après donc?

A : Oui, il m’a pas donné au moment tu vois, il m’a donné peu à peu : 40-50 euros, soit 200 euros. Je ne pouvais rien faire en fait avec l’argent! Comme ça tu peux rien faire avec!

G : Tout ça s’est réglé beaucoup des mois après?

A : Oui, il n’y a pas longtemps qu’il a tout payé...

G : Tu habitais chez cet personne la?

A : No, il avait une copine, ils dormaient ensemble donc je ne pouvais pas... Je dormais chez des copains

G : Donc t’as eu ce titre de séjour seulement le jour où t’as été embouché et après t’étais sans-papiers dans la vie quotidienne?

A : Voilà. C’est juste pour aller faire ton premier jour quand tu vas donner les pièces et il fait une copie. Après je marchais sans-papiers

G : Au travail c’était difficile? Dans le sens, tu devais dire que t’étais quelqu’un d’autre...

A : Oui bon, on m’appelait par son nom tu vois. C’est ça, je me suis habitué à ça quoi

G : Il y a une ressemblance entre vous?

A : Oui, un peu. Tu sais, comme les Africains donc il y a une peu de ressemblance... Tant que tu prends pas le temps de bien regarder tu peux pas connaitre la différence de ces personnes.

G : Mmm, il avait pas remarqué donc...
Et comment ça s’est passé? Tu devais t’inventer une histoire un peu? Tu devais savoir ou t’es né, quelle année...quand ils demandaient...

A : No, ils demandaient pas...

G : Tes collègues étaient au courant?

A : No, ils étaient pas au courant. C’est après qu’ils ont su... Quand tu parles a quelqu’un il peut pas savoir...

G : Mais s’ils te demandaient, je ne sais pas, "tu viens d’où"? Des choses comme ça...

A : S’il me demandaient je disais ce qui est marqué sur la pièce d’identité, voila

G : Il vient d’où cette personne?

A : C’est un Ivoirien aussi. Il est plus âgé que moi, 15 ans de plus...

G : Du coup, c’était pas difficile? Je ne sais pas... quand tu parlais avec tes collègues... je ne sais pas si vous aviez une relation proche...

A : No, ce n’était pas difficile. En fait, j’étais le seul à travailler avec le nom de quelqu’un d’autre, sinon tout le monde travaillait avec son vrais nom. Même pas de papiers, il y en avait qui venaient comme ça et puis il les prenait...

G : Mais je veux dire, tu devais pas réfléchir : "ici je ne suis pas Alex mais je suis tel" et... tu pouvais pas parler de toi même, no?

A : No, je pouvais pas parler de moi-même. C’était comme si c’est lui qui était moi en fait. La carte d’identité...

G : Et ce n’était pas difficile au quotidien de ne pas pouvoir s’exprimer? De devoir dire...

A : No, c’est pas difficile, c’est pas difficile... il faut retenir quoi.
Il y avait des gens la-bas qui travaillaient sans-papiers. Lui même le savait. Ils venaient avec leur passeport. Moi je suis venu avec la carte de quelqu’un d’autre, j’aurais pu faire ça pareil comme eux mais je n’ai pas voulu...

G : Pourquoi?

A : Parce que je venais d’arriver je ne savais pas, tu vois? Ils m’ont dit : "oue, il faut avoir les papiers de quelqu’un d’autre...". Quand tu viens d’arriver il y a plein de choses que tu ne sais pas...

G : Tu te sentais plus tranquille avec les papiers de quelqu’un d’autre? Comme ça tu n’avais pas peur que quelqu’un te dénonce?

A : Voilà, tu vois. Comme ça même en cas de contrôle de police...

G : T’avais une relation proche avec tes collègues? Tu parlais avec eux?
A : Oui, Hermann, lui c’est mon frère, c’est un Ivoirien comme moi. Les autres c’étaient des Maliens, des Camerounais, c’était tous des Africains, des Tunisiens aussi
tu vois. Donc...

G : Et du coup s’ils te demandaient des choses de ta vie avant de venir en France? Sur ta famille, sur ce que tu faisais en Côte d’Ivoire, et tout ça... tu leur répondais quoi?

A: Beh, je leur disais ce que je faisais...!
G : Tu leur parlais de toi donc! En gros ce qu’il fallait retenir c’était le nom, la date de naissance, et ce tout?!

A : Oui, c’est tout. Les références en fait, tu vois. Il faut bosser sans tête quoi. Voilà

G : Du reste tu parlais de toi, tu te sentais pas que tu devais t’inventer une histoire tout le temps?!

A : Oui bon,... souvent il y a de tout, souvent il y a la peur aussi. Souvent il y a la police qui vient au restaurant pour des contrôles, tu vois. Avec ça, il y avait un peu la craint, tu vois

G : Mais avec tes collègues et ton patron tu n’avais pas peur d’être découvert donc?

A : No, no, il y avait rien!

G : Donc c’était pas dur pour toi de travailler sous l’identité de quelqu’un d’autre?

A : Oui, c’était dur! Parce qu’il y avait toute un problème pour avoir l’argent. J’étais obligé de lui donner le chèque et lui le mettait sur son compte. Pour avoir l’argent tout ça c’était des problèmes tu vois, souvent il me donnais pas tant...
Jusqu’à présent, pour chercher du boulot tout ça c’est un problème. Si tu prends papiers de quelqu’un qui n’est pas bien, l’argent finit sur son compte et il peut ne pas te donner, tu peux rien lui faire...

G : Aujourd’hui te travaillerais à nouveau avec les papiers de quelqu’un d’autre?

A : Oui, je vais le faire pour tenter quoi! C’est pas facile, il y en a plein qui vont te demander l’argent et tu peux rien faire, tu peux pas les convoquer, puisque tu n’as pas de carte de séjour, tu peux pas aller à la police pour dire ça, et si on te demande ta pièce d’identité comment tu vas faire? Donc, t’es obligé de laisser ça comme ça quoi..

G : Et tu demanderais à nouveau à la même personne de te prêter ses papiers?

A : No, lui s’est passé, il a voulu bouffer mon argent, donc... je ne veux pas que ça se répète, tu vois

G : De plus, quand on travaille avec l’identité de quelqu’un finalement on paye les cotisations pour les autres...
A : Oui, tu payes. C’est 10% en fait. Lui il prenait 100 euros à chaque fin du mois.
Malgré tout ça, tu donnes. Mais pour avoir le reste c’était tout un problème

G : Tu devais faire quoi? L’appeler,...

A : Toujours tu l’appelles, souvent tu l’appelles il ne décroche pas son téléphone, souvent tu l’appelles il est éteint, souvent il te dit : "viens demain!", tu viens et tu le trouves pas tu vois, là il te donne le faux rendez-vous, chaque jour, c’était toujours comme ça! Tu vas payer les transports...

G : C’était quelqu’un que tu connaissait de la Côte d’Ivoire?

A : Oui... je le connaissais, on était du même quartier en fait, bon, c’était l’ami... bon, il marchait avec mon grand frère, c’était dans la même bande...voilà

G : Il était en France depuis...?

A : 2002

G : Tu l’avais déjà contacté avant de venir en France?

A : Oui, je l’avais contacté, bon, il m’a dit de venir. Puis il m’as mit en contact avec des amis ici encore, qui dormaient en squat en fait tu vois..

G : En gros, il t’as aidé un peu pour venir en France?

A : Même quand je suis arrivé... l’abonnement pour les transports que j’ai fait, tout cela, c’est lui qui m’a aidé en fait. C’est lui qui m’a montré comment prendre le métro, comment on fait pour prendre le train,... jusqu’à que je me suis habitué tu vois

G : Au départ tu pensais qu’il était différent?

A : Oui, oui. Au début il était un peu gentil mais quand j’ai commencé à travailler, il a vu que je commençais à gagner de l’argent bon, il y avait un peu de jalousie en lui tu vois, et il a commencé à faire bizarre

G : Il ne travaillait pas lui?

A : Oui, il travaille aussi

G : Tu pensais que l’Europe c’était comme ça? La France?

A : Oue, quand je suis arrivé j’ai commencé à regretter, pourquoi je suis venu... parce que je me sentais plus alaise au pays par rapport à ici tu vois. J’ai commencé à regretter...

G : Toi t’es venu pour tenter un peu ta chance, pour trouver du travail, aider un peu la famille,... des choses comme ça?

A : Oui, c’est ça. Mais quand je suis arrivé je me suis dit : "j’ai fait le mauvais choix". Je suis déjà là, donc il faut assumer. Si les amis sont là pourquoi pas moi aussi!

G : Et tes amis te parlaient bien de la France?

A : Oui, ils parlaient bien. Après tu vois que c’est le contraire de ce que tu pensais...

G : Ils t’avaient pas dit que c’était dur?

A : Oui, il y en avait qui disaient que c’était dur, mais tant que t’es là-bas tu te dis que c’est des mensonges. Tous ceux qui va au pays quand tu les vois venir tu te dis qu’il y a tout ici. Quand t’arrive tu vois que c’est le contraire

G : La personne qui t’as un peu aidé au début, il t’avais dit quelque chose? Il t’avais encouragé à venir?

A : Si tu t’es engagé à venir... même moi aujourd’hui je suis là, si quelqu’un me dit qu’il vient, moi je vais pas lui dire qu’il faut pas venir. Il va me dire quoi? : "Mais toi t’es là-bas pourquoi tu dis qu’il faut pas que je vienne?!" Puisque c’est son argent, mois j’ai rien à payer, s’ il a décidé de venir... moi je l’encourage quoi, de venir, chacun doit tenter sa chance. Tu peux venir, ça peut être dégoutant, c’est dur, mais c’est à lui de voir quoi! Tant que t’es la-bas tu peux pas savoir vraiment que c’est dur. Il faut que toi même tu viens voir vraiment que c’est dur

G : Et là avec cette personne t’as coupé les rapports?

A : Oui, il y a longtemps...

G : Et t’en a parlé de tout ça avec ta famille et aux personnes qui le connaissaient?

A : Oui, j’en ai parlé et ils m’ont dit vraiment, ils ne peuvent pas croire à ça quoi, parce que quand il était au quartier il était bien, c’est quelqu’un qui était bien. Comment lui a pu faire ce genre des trucs comme ça quoi...

G : Cela a crée des problèmes là-bas entre les parents?

A : No, nos parents ne se connaissent pas en fait. C’est l’amitié entre les frères; souvent il venait à la maison...

G : Du coup ton frère maintenant il est fâché avec lui?

A : Moi je lui ai rien dit pour peur que ça va gâter leur amitié. A un moment je lui ai expliqué un peu plus

G : Tu pense rester ici en France?

A : Oui, ici ça m’arrange plus par rapport à la langue, aller dans un autre pays t’es obligé d’apprendre la langue, ça prend du temps aussi. Et j’ai beaucoup des connaissances ici, bon, si quelqu’un sait qu’il y a du travail il peut m’appeler tu vois

G : Retourner en Côte d’Ivoire?

A : Je compte retourner une fois que j’aurais mes papiers et quand j’aurais un peu d’argent. Parce que moi je trouve que c’est mieux la-bas par rapport à ici, si t’as eu un peu d’argent tu peut aller faire quelque chose avec, investir un peu quoi, même si c’est pas une grande chose

G : Du coup, t’es beaucoup en contacts avec ta famille la-bas?

A : Oui, toujours, toujours

G : Ils comptent aussi sur toi pour les aider un peu?

A : Oue, oue, de temps en temps j’envoie un peu d’argent

G : Et ça ne te faisais pas bizarre quand tu utilisais le nom de cette personne, de ne pas utiliser le nom de ta famille?

A : Oue, tu vois, il y ça aussi no? Ça te fais mal. Puis ton nom, ils ne t’appellent pas par ton vrais nom, ils t’appellent par le nom de quelqu’un d’autre à qui tu n’est pas habitué, t’es obligé de t’habituer. Ça fait bizarre, le nom de ta famille, pourquoi ils ne t’appellent pas par ça?!
Jusqu’à présent Hermann me dit... Maintenant il connait mon vrais nom, je lui ai dit, mais tellement il est habitué à l’autre nom, il m’appelle avec l’autre nom, tu vois

G : Et ça te déranges un peu?

A : Ah, j’ai fait avec quoi! Sinon ça dérange beaucoup même...
Quand tu travailles à ton nom t’es heureux, t’es un peu fier tu vois de passer sous ton nom, mais quand tu travailles avec le nom de quelqu’un d’autre vraiment c’est plus du tout...

G : Tu sentais ça un peu comme une humiliation, c’est ça?

A : Oui, un petit peu. En plus, la-bas tout le monde travaillait avec son vrais nom, c’est moi celui qui était différent. Certains avaient les papiers, d’autres étaient Français... d’autres venaient comme ça, sans rien du tout, même pas des papiers. Mais moi je savais pas, si je savais j’aurais fait pareil comme eux

G : T’aurais préféré travailler sans-papiers donc?

A : Voilà, tu vois. Mais quand tu arrives tellement tout le monde te dit ça, que t’écoutes ceux qui sont ici

G : C’est qui qui te disait que c’était mieux travailler avec une autre identité?

A : Celui qui y travaillait avant. Comme lui il avait travaillé au nom de quelqu’un d’autre, il a préféré que soit comme ça aussi

G : Ce n’est pas aussi parce que, du coup, ça lui faisait un petit revenu?

A : Il y a l’intérêt aussi, oui. Il y en a qui font ça.
Hermann savait que ces n’étaient pas mes papiers, je lui est dit. Hermann m’a dit qu’il n’avait rien présenté. Beaucoup travaillaient sans-papiers. Si je savais j’aurais amené mon passeport et puis j’aurais travaillé avec. Au lieu d’utiliser le nom de quelqu’un d’autre et me faire manger mon argent

G : Donc t’as parlé de ça avec Hermann quand vous travailliez ensemble?

A : Oui, Hermann c’est mon frère donc il y a rien. C’est lui qui m’a expliqué que personne avait les papiers, après à peu près 1 mois que je travaillais là-bas. J’ai su que moi même j’aurais pu venir avec mon passeport, mais je pouvais pas le savoir comme on ne m’avez pas dit!

G : Qu’est ce que tu ressentais quand tu travaillais avec le nom d’une autre personne? Tu te sentais comme si tu travaillais qu’à moitié?

A : Oui, c’était ça. En plus, si je travaillais à mon nom, comme il ne mettait pas le nom sur le chèque ou il mettait ton nom, je pouvais le donner à une personne de confiance, qui me donnait mon argent. Comme ça je n’avais rien à payer, pas des frais : "tu utilises mes papiers, tu dois me donner une certaine somme", tu vois? Comme ça il n’y a pas de ça dedans, t’es un peu tranquille

G : Donc c’était un peu le sentiment d’être dépendant de quelqu’un d’autre?

A : Oui, c’est ça

G : C’était surtout la peur de ne pas être sûr d’avoir ton argent en fait?

A : Oui, pour avoir l’argent c’était tout un problème. Souvent le mois pouvait passer sans argent. Il me donnait un peu un peu, tu peux rien faire avec!

G : Tu faisais comment alors? Pour le logement, etc...

A : Comme je squat je payais pas alors, je payais que manger et j’envoyais un peu d’argent au pays, à la famille

G : Du coup, il y avait aucune administration qui était au courant de ça, n’est pas? En fait, c’était que à l’employeur et c’est tout. Pour le reste tu te débrouillais avec ton nom?

A : Oui c’est ça

G : Et au sein de ta famille tout le monde était au courant?

A : Oui, même étant la-bas on savait ça : qu’ici quand t’as pas de papiers tu travailles avec papiers de quelqu’un d’autre. Les gens qui sont allées disaient que tout le monde passe par ça ou commence par ça

G : Tous tes amis sont passés par ça?

A : Oui, tous. Jusqu’à ce que tu gagnes tes papiers

G : Et tu peux prouver que t’as travaillé? Pour aider la régularisation, etc...

A : C’est ça... c’est qu’il n’y a rien à prouver. Les fiches de paye, tout ça, revient à son nom. Je lui donnais parce qu’il réclamait les fiches de paye, moi je faisais une photocopie et je lui donnais l’original. C’est que rien ne peut venir à ton nom, tout vient à son nom.
Il y a pas de preuves qui t’as travaillé... tout ça on m’a dit au restaurant, tout ça même m’a fait regretter de n’avoir travaillé avec mon nom...
Il y a des endroits où ne te prennent pas si t’as pas envoyé tes papiers, il y a des endroits où ils contrôlent tout. Si tu veux vraiment travailler tu fais comment? T’es obligé d’envoyer les papiers de quelqu’un d’autre! Mais il y a des endroits où ils s’en foutent, même s’ils savent que c’est pas toi

G : Pour toi c’est un sujet délicat le fait d’être sans-papiers ou bien t’en parles beaucoup avec tes amis?

A : Ah, mes amis savent. Si parmi nous un a les papiers il le dit à tout le monde, si tu n’as pas de papiers tout le monde sait, si tu n’as pas de papiers et puis tu travailles, tout le monde sait que tu travailles au nom de quelqu’un d’autre ou d’une autre façon. Si t’as pas de papiers tu ne peux pas le cacher, toute le monde va le savoir, voilà

G : Mais vous en parlez beaucoup entre vous? C’est un sujet de discussion, c’est pas quelque chose qu’on évite?

A : Oui. Mais si tu travailles avec le nom de quelqu’un d’autre et la personne n’est pas bien avec toi et ne te donne pas ton argent tu vas dire à tes amis : "ah, je travaille avec ce nom et il ne me donne pas mon argent!", tu ça là... C’est ça

G : Ils t’ont aidé quand tu devais réclamer ton argent?

A : Ils ne peuvent rien... ils t’encouragent seulement, c’est tout

G : Et la prochaine fois tu vas préférer utiliser ton nom pour travailler?

A : Oui, je vais essayer mais ça dépende des endroits, il y a des endroits ou ils veulent pas...

G : Vous les salariés du restaurant vous avez fait quelque chose en justice contre votre employeur? Vous avez fait quoi comme démarche?

A : Oui, on est allé voir une association qui nous a mis en contact avec un avocat. Nous sommes allés aux prud’hommes, mais chaque un avez son problème. Nous, comme nous sommes demandeurs d’asile, nous n’avons pas le droit à travailler, donc l’avocat n’a pas voulu prendre notre dossier

[...]

G : Comment s’est passé avec la personne qui t’a prêté les papiers? C’est lui que te l’a proposé toute suite?

A : Oui, c’est lui. Moi j’écoutais, tout ce qu’il disait moi j’écoutais, je disais oui, parce que c’était la première personne que je croisais, je ne connaissais pas comment ça se passe. Après je me suis rendu compte que tout ce qu’il disait il y avait vérité mais il y avait des mensonges aussi...

G : Par rapport à quoi par exemple?

A : Par rapport à ce qui s’est fait, comment je gagnais mon argent, tu vois. J’ai su vraiment que il y avait aussi des mensonges. J’ai croisé des amis qui m’ont expliqué que ça se termine toujours mal ces histoires... Puisque je venais d’arriver je ne connaissais rien ici, donc c’est lui que j’écoutais

G : Déjà quand t’étais en Côte d’Ivoire il t’avait proposé des choses comme ça?

A : No, avant il n’y avait pas de contact entre moi et lui, c’est mon grand frère qui parlait avec lui : " le petit va venir", donc...

G : Ah, donc la question du travail c’est posée après, quand t’es arrivé en France?

A : Oui. Grâce à lui que j’ai eu mon premier boulot

G : Et pourquoi il ne travaillait plus la-bas?

A : Ça fait quelques années, quand il a eu ses papiers il a arrêté.
Quand je suis arrivé comme il avait toujours son contact il l’a appelé pour lui dire s’il a besoin de quelqu’un pour travailler, il lui a dit qu’il y a un frère ici qui veut travailler. Un jour le gars l’a appelé et puis on est partis...

G : Donc il était plutôt en bon contact avec son ancien employeur?

A : Oui, parce qu’il se sont séparés bien tu vois, il y avait une confiance entre eux. Le début c’était intéressant, mais arrivé à un certain moment... Les amis disaient d’aller doucement, après il peut demander ton l’argent.. Tout ce que les amis disaient est arrivé pareil. Je mes suis dis : "oui c’est vraiment dur"

G : Mais toi tu faisais confiance à cette personne...

A : Oui, je lui faisais confiance. Tu vois, quelqu’un qui cherche travail pour toi, et même il m’a tout montré, comment prendre le métro, etc... j’avais confiance en lui. Comme je venais d’arriver et après je gagnais une certaine somme, il y a la jalousie, tu vois : "comment il fait que lui vient d’arriver et gagne beaucoup d’argent comme ça?!" Il y a tout cela dedans. Donc, il a changé... jusqu’à que le travail s’est arrêté
Ceux qui tu ne mets pas dans ton programme quand tu viens, c’est eux qui te donnent des bons conseils. Mais ceux qui tu mets dans ton programme ils deviennent tes ennemis après

G : Tu veux dire... ceux qui t’aident à venir en fait

A : Même ceux qui t’aident pas, mais qui te logent... ça ce termine toujours mal. Après il se met contre toi, il y a une certaine jalousie, quand il voit que tu travailles, que tu gagnes un peu. Les amis que tu viens connaitre ici, c’est eux qui vont plus t’aider

G : En gros, tu penses que les personnes que t’as connu après sont plus de confiance que ceux que tu connaissais déjà et qui étaient déjà là

A : Oui, tu vois. Même pour aller demander l’asile je ne savais même pas où il fallait aller mais ceux que j’ai connu ici ils m’ont montré comment il faut faire pour demander l’asile. Lui il savait, mais il ne m’a rien dit!

G : Donc moins les amis d’ancienne date...

A : Oh putain, lui, quand le travail c’est arrêté j’étais là, il voulait même plus m’écouter, il y avait mon argent sur lui donc il ne voulait même plus qu’on se croise, tu vois. Quand j’ai arrêté de travailler il y avait encore comme 1300 sur lui, il me racontait toujours des histoires : "ma carte bleu est perdue", il me disait n’importe quoi!

G : Donc c’était encore pire quand t’as arrêté de travailler?

A : Oui, quand je lui ai dit à sa copine, elle lui a dit de rendre mon argent, il faut donner son argent

G : Ah, sa copine t’a défendu?

A : Oui, c’est grâce à elle que j’ai eu mon argent, sinon j’allai pas l’avoir, c’est elle qu’a tout fait jusqu’à qu’il a payé mon argent, peu à peu, jusqu’à la fin. Et maintenant il voulait même plus me voir. Mais quand t’as pas de papiers tu peux rien, tu peux pas porter plainte...

G : Lui en fait avait un gros intérêt la derrière : il était intéressé quoi, il voulait pas que tu demandes l’asile, il voulais pas que tu travailles sans papiers, il préférait faire ça...

A : Voilà. Parce que quand c’est comme ça, quand tu travailles avec les papiers de quelqu’un d’autre, lui son souhait c’est qu’il faut jamais que t’as les papiers comme lui. Il faut que tu travailles à son nom, comme ça même s’il travailles pas il peut prendre les fiches de paye, le chômage, et renouveler sa carte, tu vois

G : T’as commencé a travailler combien de temps après que t’es arrivé?

A : 4 mois après

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