Nella stessa rubrica

Communiqué de presse des retenus du CRA de Nîmes (France, 7 octobre 2011)

Prison pour étrangers de Vincennes, vendredi 23 septembre 2011 (France, septembre 2011)

DUPLICITÉ ET COMPLICITÉ ? ARRÊT DE LA RÉPRESSION CONTRE LES JEUNES MIGRANTS TUNISIENS ( Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR), France, Juine 2011)

Communiqués du Collectif des Tunisiens de Lampedusa à Paris: occupations et manifestations (France, mai 2011)

Kamel, tunisien, 24 ans. Témoignage recueilli le 13 avril 2011 (France, avril 2011)

Témoignage du centre de rétention de Vincennes (France, mars 2011)

Incendie au centre de rétention de Marseille. Lettre des retenus (France, mars 2011)

Témoignages des prisonniers du centre de rétention du Mesnil-Amelot (France, janvier 2011)

Témoignage d’un sans-papier au Centre de rétention du Mesnil-Amelot (France, juin 2010)

Récit d’une expulsion dans un charter Frontex (avril, 2010)

Le silence de Sylvie : zone d’attente de Roissy (France, 2005, interview recueillie par Chowra Makaremi)

Sylvie est maintenue depuis deux jours dans la « Zapi 3 ». Dans ce centre fermé de la « zone d’attente pour personnes en instances » de l’aéroport de Roissy, les étrangers qui ne sont pas admis sur le territoire et les demandeurs d’asile sont placés en attente de leur renvoi ou du traitement de leur demande d’asile. Le bâtiment est situé au bord des pistes. Il s’agit d’un bloc rectangulaire sur deux étages, entouré de barbelés et de caméras. Le rez-de-chaussée est réservé aux différentes administrations qui gèrent le « maintien » en zone d’attente : la police de l’air et des frontières, l’office de protection français des réfugiés et apatrides (OFPRA), le personnel d’administration de la compagnie privée GTM, etc. Les étrangers sont hébergés au premier étage. Les murs de bétons sont blancs, oranges et jaunes, il y a deux salles de télé, un jardin avec des jeux pour les enfants et un réfectoire, qui donnent sur les pistes. Sylvie garde sa notification de refus d’asile en permanence sur elle, parmi une liasse d’une vingtaine de pages, qui constitue ses papiers de police. Mais elle ne sait pas ce qu’est une « demande d’asile » et ne comprend pas le sens de son refus d’admission. Elle affirme tout d’abord n’avoir pas eu d’entretien d’asile. Quand je lui explique le déroulement d’un entretien, elle reconnaît qu’elle a bien vécu quelque chose de semblable, mais elle ignore quelle était l’instance qui l’interrogeait, et quel était le but de cet interrogatoire. Le récit de Sylvie est tout à fait différent de son dossier administratif, qui présente l’exemple type d’une émigrante clandestine arrivée grâce à un réseau de passeurs. Comment en est-on arrivé là ? Que nous apprennent ces écarts significatifs sur les dispositifs de gestion des étrangers en zone d’attente ? Les quatre entretiens successifs qui rythment le parcours de la maintenue – de dix à quinze minutes chacun, dans des bureaux administratifs différents – se caractérisent par la multiplication des interlocuteurs, une relative brièveté et une situation réitérée de malentendu entre les agents administratifs et l’étrangère. Pour comprendre le mécanisme de confiscation du récit personnel qui est au centre de l’expérience de Sylvie, il faut d’abord reposer celui-ci dans son contexte : l’administration de l’asile en zone d’attente. Les entretiens qui balisent la procédure d’asile se fondent tous sur certaines rationalités administratives qui ont pour conséquence de déshumaniser des situations de détresse. L’autre caractéristique de la procédure est la précipitation, qui relève de l’urgence d’une gestion des flux en temps réel. Au temps de l’urgence se superpose le fractionnement spatial. Ainsi, les bureaux de la police ou de l’office de protection des réfugiés – où se passent les entretiens successifs de Sylvie dans la promiscuité du face à face et parfois dans la hâte –forment deux locaux complètement cloisonnés au sein du même bâtiment de la zone d’attente. Ce dispositif spatial éclaté, et qui en même temps abolit les distances, a un effet de clôture de la gestion de l’asile. D’une part, il broie les éléments subjectifs, tel le récit individuel, alors que ceux-ci sont la base de jugement; d’autre part, il étouffe les contradictions de la procédure. Dans ce contexte, les mécanismes de disqualification du récit semblent procéder d’une conjonction de facteurs qui ont pour point commun la perception du phénomène migratoire par les autorités françaises, et l’administration de l’asile qui en découle. En un mot, le propos n’est pas de pointer les « dysfonctionnements » et autres bavures du système de contrôle aux frontières, mais son (bon) fonctionnement même, qui joue, presque à découvert et au centre de l’espace public, le jeu dangereux du déni.

Sylvie sera renvoyée de force au Congo-Brazzaville trois jours après son arrivée à Roissy.

Une partie seulement du récit a été retranscrit. Le reste, pris en note, est restitué au style indirect.

Chowra Makaremi, le 5 novembre 2008 (cette histoire a été évoquée dans l’article « Zones d’attente », JIM, No. 8, Hiver 2005, pp.19-27)

Sylvie K. passe le contrôle de police en zone internationale de l’aéroport de Roissy en présentant un dossier de regroupement familial forgé par les passeurs, qui lui ont fourni ses faux papiers et son billet d’avion. Vérifiant son dossier de regroupement familial, les agents de la Police de l’Air aux Frontières contactent celui que Sylvie disait être son père : l’homme dit qu’il ne la connaît pas et qu’il n’attend personne. Alors, Sylvie est longuement interrogée dans le bureau de police situé dans l’aérogare : elle refuse de parler, selon les conseils de ses passeurs. Sylvie se souvient du comportement exaspéré et violent des agents qui la bousculent, leur énervement quand ils la traitent de menteuse, se moquent d’elle et surtout lui reprochent vivement de les « prendre pour des imbéciles ». Ensuite, Sylvie est emmenée dans une cellule attenante – de 4m2, sans fenêtre ni aération, où huit autres personnes étaient déjà assises sur le sol – avant d’être embarquée quatre heures plus tard vers la Zapi 3. À son arrivée dans le centre, Sylvie voit un agent de police, qui lui demande de s’expliquer. D’abord, elle ne parle pas ; puis à la fin de l’entretien, elle se dit prête à « tout dire » sur sa situation. Mais l’officier s’impatiente et refuse de l’entendre. Plus tard, Sylvie est appelée au haut-parleur à descendre avec ses papiers de police. Elle prend peur et s’enferme dans sa chambre : avec le mensonge du regroupement familial, elle pense qu’elle pourrait être frappée ou torturée pendant un interrogatoire. Après plusieurs appels, les agents de police viennent la chercher et parviennent à la faire descendre. Emmenée dans un bureau face à un homme assis derrière un ordinateur, Sylvie ne sait pas ce qu’on lui veut : malgré l’invitation réitérée de l’officier à « lui dire la vérité », elle refuse de parler. Quelques heures plus tard, on l’appelle pour lui remettre un papier, qui lui notifie le refus de demande d’asile et son renvoi prévu par le premier avion à destination du Congo-Brazzaville d’où elle est venue. Elle demande alors à être entendue par quelqu’un car elle est prête, à nouveau, à tout dire. Mais c’est trop tard, la police est agacée. « Ils ne veulent pas encore écouter ma voix ».

« - Sylvie : Je viens de loin (silence). Je viens de loin (silence). Je viens de loin…

-  L’officier de police n’a pas voulu vous écouter ?

- S : Oui. Je lui ait dit : « d’accord, je vais tout vous raconter », mais il m’a mise dehors. Il m’a dit : « ça suffit maintenant, de toute façon tu mens, tu nous prends pour des imbéciles ». Ils n’ont pas voulu écouter encore ma voix.

-  Qu’est ce que vous auriez voulu leur expliquer ?

- S : Bon, c’est très difficile. Chez nous on était beaucoup de filles, c’était très difficile. Mon père il s’est remarié, et ma belle-mère elle ne voulait pas nous voir, on ne pouvait plus étudier. Moi je me suis mariée jeune ; et j’ai suivi mon mari au Rwanda.

-  Au Rwanda ?

- S : Oui, mon mari il était rwandais. On est parti s’installer dans son village là. Je ne voyais plus mon père, il ne voulait même plus nous parler. Il est mort mais je l’ai appris plus tard. Bon, un jour ils sont arrivés au village et tout le monde te disais : il faut partir tout de suite. Tu savais qu’ils prenaient les gens et ils tuaient tout le monde, tout le monde. Moi j’étais chez moi et je suis partie tout de suite. Mon mari je sais pas où il était, ils l’ont tué, mais moi je suis partie. Bon là on a beaucoup marché. J’étais avec des voisins, et on est partis, on a marché, marché. Il fallait sauter des morts, alors on mettait des bandes, tu sais du tissu dans le nez à cause de l’odeur des cadavres. Moi je suis revenue chez moi.
-  A Brazzaville ?

- S : Non pas à Brazzaville, je n’avais plus personne là-bas. J’étais toute seule, il n’y avait plus mon mari, plus mon fils.

-  Vous avez un fils ?

- S : Oui

-  Et il est où maintenant ?

- S : Je ne sais pas… Il a quatorze ans. Quand ils sont arrivés au village mon fils il jouait avec ses amis, et puis je ne sais pas.

-  Vous ne savez pas ce qu’il est devenu ?

- S : Non, quand il sont arrivés je suis partie tout de suite, tout le monde disait il faut partir. Mon fils il était au village avec ses amis, il était dehors, je ne sais pas ce qui s’est passé pour lui, je suis partie (gênée)…Moi je suis partie au Congo, mais là-bas aussi il y avait la guerre tu sais. Heureusement moi j’avais le Seigneur. Le Seigneur il est bon, il voit tout… je prie le Seigneur, et pour eux là, la police, je prie le Seigneur aussi. Je suis restée dans une église chez moi, je dormais dans l’église, je lavais l’église et on me donnait à manger. Moi j’ai Dieu tu sais. Et quand eux (les agents officiant à Zapi) ils me parlent comme si je n’étais rien…ils ne connaissent pas ma valeur mais Dieu connaît ma valeur. »

-  Après avoir appris que l’une de ses cousines vivait en France, Sylvie a formé le projet de la rejoindre, consacrant ces huit dernières années à réunir et emprunter l’argent nécessaire pour payer les passeurs.

L’entretien est alors interrompu par une collègue, qui a travaillé pour le Tribunal Pénal International du Rwanda et a résidé plusieurs mois dans le pays. Selon elle, Sylvie est rwandaise. Nous posons la question à la maintenue qui confirme.

Sylvie est une Tutsie du Congo et de nationalité rwandaise. Elle n’a pas souhaité révéler sa vraie nationalité, car elle a reçu de ses passeurs la consigne de garder son identité cachée. D’autre part, elle est persuadée par son expérience au Congo, qu’en tant que tutsie et rwandaise, elle deviendrait aussitôt indésirable auprès des autorités françaises, et serait mal traitée.

Finalement, ce récit ne sera pas entendu par ceux qui sont chargés d’administrer la demande d’asile. Sylvie sera « réembarquée » de force vers le Congo-Brazzaville le lendemain.

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