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« Ce n’est point un livre d’histoire. (…) C’est une anthologie d’existences. Des vies de quelques lignes ou de quelques pages, des malheurs et des aventures sans nombre, ramassées en une poignée de mots. Vies brèves, rencontrées au hasard des livres et des documents ». Ainsi écrivait Foucault en 1977, dans l’introduction de son projet d’anthologie de La vie des hommes infâmes. Non pas une histoire, accomplie, développée, nécessaire, mais un travail de collecte, un peu au hasard, un hasard orienté d’un côté par le goût, le plaisir, le rire, la surprise du promoteur de l’anthologie, mais aussi par une nécessité intrinsèque. La vie de ces hommes et femmes que Foucault appelle "infâmes", dans ces quelques pages si intenses qu’il leur a dédiées, parce qu’ils ne se concilient avec aucun type de gloire, nous ne pouvons la connaître, en fait, que par le peu de mots qu’ils ont échangé avec le pouvoir, et que le pouvoir leur a fait dire lorsqu’il les a capturés. Il ne s’agira donc pas, dans le travail de l’historien-anthologiste, de rechercher, au delà des mots prononcés dans le heurt avec le pouvoir, une parole originelle, une possible histoire de vie vraie, qui les restituerait dans leur authenticité; il ne s’agira plutôt, que de choisir, à son propre goût et à son propre plaisir, entre les fragments de vie archivés au hasard par le pouvoir et de les "recopier" pour les donner en lecture, à nous, lecteurs, à quelques siècles de distance. Une étrange idée d’histoire, qui ne reconstruit pas, n’interprète pas, ne va pas au delà du fragment archivé, de la trace, mais reporte simplement ce que l’archive d’un temps a archivé. Entre la seconde moitié du XVIIe siècle et la seconde moitié du XVIIIe commence, en fait, un immense travail d’archivage des vies et des histoires des hommes et des femmes quelconques. Un archivage d’emblée fragmentaire, aléatoire, par bribes, mots brefs, puis toujours plus étendu et compréhensif, des biographies grises, faites de petits riens, de quotidiennetés insignifiantes, et dont aucun geste, aucun mot, aucun événement n’a la nécessité intrinsèque qu’on s’en souvienne. En somme, c’est là que commence ce que Foucault, dans ces pages et ailleurs, appellera l’"histoire documentaire", corrélat indispensable de ce pouvoir disciplinaire, qui, par une activité continue d’observation et d’annotation, veut et prétend toute la vie de tous les individus pour la contrôler, la normer ou la normaliser et la discipliner.

Le projet de construire une archive des histoires migrantes part de cette réflexion de Foucault, et surtout de deux mots-clé contenus dans celle-ci, ceux de hasard et d’anthologie, tout en la réactualisant dans notre présent. N’étant plus seulement disciplinaires, nos sociétés ont développé d’autres formes d’observation et de contrôle, ajoutant à la forme documentaire et biographique des archives, une modalité pour ainsi dire "signalétique", plus adaptée à l’observation et au contrôle des sujets dans une période qui présente l’être en mouvement, le déplacement continuel, comme l’un de ses traits essentiels. Fragments non plus de paroles sur des vies personnelles, mais de corps ou de silhouettes en mouvement, fragments d’achats et de “crédit” , fragments de voyages autoroutiers, fragments de navigations virtuelles, telles sont les traces que laissent derrière eux non plus les "individus", mais les corps en mouvement, dans les archives de l’actuel: brèves images de passage, sur lesquelles devrait travailler l’anthologue futur dans le cas où il voudrait reporter, non pas les biographies, mais les itinéraires des hommes et des femmes du présent. Une archive désincarnée, en somme, comme était désincarnée l’archive des vies quelconques lors de ses débuts, mais non plus faite, cependant, de ces paroles-poèmes qui petit à petit, au XIXe et au XXe siècle, se sont faites paroles-récits, mais de signes et de graphiques. Dans cette archive signalétique entrent, évidemment, aussi ces hommes et ces femmes qui, dans leurs déplacements suivent ou voudraient ne suivre que la direction aller, sans programmer aussi dès le début le mouvement du retour. Les "vagabonds", ainsi les a appelés Bauman, dans un de ses livres, pour les différencier de la masse des "touristes", plus conformes et intégrés dans le monde globalisé. Immigrés-émigrés, devrait-on les appeler si l’on voulait en rendre compte en les considérant par rapport aux États d’arrivée et aux États de provenance. Ou bien migrants, dans le cas où l’on voudrait souligner non pas tant leur subjectivité par rapport aux lieux et aux institutions étatiques, mais par rapport à leurs projets initiaux, à leurs choix migratoires, qui souvent se heurtent, entre autres, aux barrières placées sur leur chemin, espaces de confinement dans lesquels ce n’est certes pas l’idée de lieu d’arrivée qui prévaut. L’écriture signalétique qui caractérise l’archive du présent se fait, dans leur cas, encore plus essentielle et désincarnée : empreintes digitales, pour les permis de séjour ou pour les avis d’expulsion, et fragments d’images capturées par les systèmes de vidéosurveillance placés le long des lignes de ces frontières toujours moins localisables et toujours davantage en expansion, avec lesquels une partie du monde veille sur leurs mouvements. Et une archive qui parfois se heurte à la simulation, la simulation d’un nom et d’un prénom ou d’un lieu de provenance : sa propre histoire-fragment racontée comme histoire d’un autre, stratégies d’existence et de survie mises en acte par les migrants pour rester dans leurs lieux d’arrivée. De l’archive du présent, archive qui tend généralement à la désarchivation des histoires et des biographies de tous, s’échappent parfois, dans les cas des migrants, jusqu’à ces traits signalétiques, ou bien ils se confondent entre eux. Une étendue de mer ou un lieu de sépulture d’où on ne peut pas même reconstruire ou rapporter le nombre des morts est peut-être l’image la plus significative de ce mouvement qui tend à une totale désarchivation. En imaginant et en tentant de construire une "archive des histoires migrantes" il ne s’agira pas, cependant, de rapporter banalement au documentaire ce qui lui échappe, puisque l’archivage des biographies, qui a permis au savoir historique de devenir documentaire est intrinsèquement entrelacé avec l’observation du pouvoir, dans ce cas dans sa forme disciplinaire. Il s’agira, par contre, d’essayer de respecter aussi dans l’écriture ou dans l’oralité des histoires, recueillies suivant une modalité nécessairement casuelle, cet espace d’ambiguïté et de simulation de soi, qui est peut-être aujourd’hui l’un des traits essentiels des existences migrantes, en écoutant cette modalité de la subjectivation autre que la subjectivation identitaire et cherchant à inventer une histoire qui respecte les sujets qui se rebellent contre la possibilité de l’histoire.

Un travail d’archivation du bruissement des histoires migrantes n’est possible que si l’on pense à un espace, nécessairement virtuel, où commencer à faire confluer toutes les histoires déjà racontées dans divers lieux du monde, puis, petit à petit, celles que l’on projettera d’aller écouter. Et seulement s’il y a une équipe de personnes qui, en partie directement, en partie indirectement, projettera le travail d’écoute, de recueil et d’archivage.

Ce site, consacré à l’"Archive des histoires migrantes", est donc la cheville indispensable d’où partir pour que notre équipe puisse se prévaloir de la collaboration et du travail d’autres universitaires, doctorants, étudiants, d’autres auditeurs d’histoires et du travail direct de récit et de récolte des histoires de la part des migrants eux-mêmes, protagonistes de l’archive. Une archive qui n’a aucune prétention de continuité, qui ne se propose pas de raconter une histoire, de proposer une trame linéaire des migrations du présent. Qui enregistre, plutôt, des instants de récit, des fragments de vies, qui resteront telles, une pluralité d’histoires que nous ne chercherons pas à recomposer en unités, conscients que de tels fragments ne brisent rien, parce qu’il n’y a aucun récit linéaire à briser.

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