Nella stessa rubrica

Communiqué de presse des retenus du CRA de Nîmes (France, 7 octobre 2011)

Prison pour étrangers de Vincennes, vendredi 23 septembre 2011 (France, septembre 2011)

DUPLICITÉ ET COMPLICITÉ ? ARRÊT DE LA RÉPRESSION CONTRE LES JEUNES MIGRANTS TUNISIENS ( Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR), France, Juine 2011)

Communiqués du Collectif des Tunisiens de Lampedusa à Paris: occupations et manifestations (France, mai 2011)

Kamel, tunisien, 24 ans. Témoignage recueilli le 13 avril 2011 (France, avril 2011)

Témoignage du centre de rétention de Vincennes (France, mars 2011)

Incendie au centre de rétention de Marseille. Lettre des retenus (France, mars 2011)

Témoignages des prisonniers du centre de rétention du Mesnil-Amelot (France, janvier 2011)

Témoignage d’un sans-papier au Centre de rétention du Mesnil-Amelot (France, juin 2010)

Récit d’une expulsion dans un charter Frontex (avril, 2010)

Fahadi, à la frontière greco-turque, Paris, France, octobre 2007 (interview recueillie par Sara Prestianni)

Fahadi, le nom qui a toujours donné aux policiers turcs en se faisant passer par palestinien, a quitté Bagdad en juin 2007, à l’age de 35 ans. Il raconte ses trois tentatives de passage de la frontière greco-turque et son enfermement dans les centres de rétention turcs. Son récit éclaire la situation qui régne à la frontière terrestre qui sépare la Grèce de la Turquie, les migrants qui continuent à y mourir dans l’oubli, les politiques turques en matière d’immigration visant au refoulement des Iraquiens, les conditions de vie dans les prisons turques et les quartiers d’attente pour la traversée, à Istanbul. (Il a choisi de se faire passer pour Palestinien vis à vis des policiers turcs.)

(Sara Prestianni, octobre 2007)

J’ai quitté Bagdad en juin 2007, à l’âge de 35 ans, en avion vers la Syrie. De là, avec un billet d’avion et un visa achetés dans une agence de voyage pour 1000 dollars, je me suis rendu en Turquie.
Suivant les conseils d’amis iraquiens, je suis arrivé à Aksaray, quartier central d’Istanbul. C’est là que la communauté iraquienne attend un passage vers l’Europe, dans des bâtiments où hommes, femmes et enfants vivent, à 10 dans des chambres de 5 mètres carrés. C’est là qu’ils rencontrent les passeurs, pour la plus part des kurdes, avec lesquels ils conviennent des prix et des modalités du voyage en attendant le départ. Le choix du passeur est une question de confiance: généralement ce sont des amis qui ont réussi la traversée qui conseillent le nom de leur passeur. Avoir déjà fait arriver des personnes en Europe est une garantie de confiance. Les candidats au départ déposent 6000 dollars entre les mains du passeur qui promet de ne les encaisser que quand ils seront en Europe, si le voyage réussit.

J’ai attendu un mois et demi, car les passeurs ne voulaient pas partir sans avoir regroupé 500 personnes. Nous sommes partis de nuit, fin juillet, dans huit bus. Nous étions au nombre de 500: 20 Turcs, 30 Afghans et 450 Irakiens, dont 130 femmes, 75 enfants (de quelques mois à deux ou trois ans) et 300 hommes. Avec eux 4 passeurs et les 5 chauffeurs de bus.
Après trois jours de voyage entre montagnes et vallées, l’autobus, dans la nuit, s’arrête. Les passeurs, font descendre les voyageurs des bus en les poussant et en criant commme pour faire sortir des vaches d’une ferme et, couteaux à la main, les conduisaient à travers les vallées et les forêts. Ils marchent ainsi pendant trois heures, en courant. Ceux qui ne tiennent pas le rythme sont laissés en arrière, au risque de se faire attaquer par les loups et les animaux qui vivent dans la forêt.

Je me souviens d’Abou-Saïf (connu ainsi parmi les Iraquiens: "le père de Saïf") 45 ans, qui n’arrivait pas à tenir le rythme. Il était malade et fatigué, après les mois passés en Turquie. Les passeurs lui criaient dessus en le menaçant avec les couteaux. La peur et le froid ont bloqué son cœur déjà faible. Abou-Saïf est mort dans les montagnes qui séparent la Turquie de la Grèce, en cherchant à rejoindre son fils Saïf, qui avait réussi la traversée quelque mois avant. Les passeurs ont continué la marche en laissent le corps d’Abou-Saïf dans les montagnes, où les animaux se seront chargés de le faire disparaître pour ne pas laisser de traces de l’exode des migrants.
Après trois heures de marche, 5 pick-up de grandes dimensions attendaint les migrants. Les passeurs nous font rapidement monter sur ces pick-up, par groupes de 100, les uns sur les autres, sous la menace des couteaux. Je me souviens des pleurs des enfants, des hommes les uns sur les autres; ils déchiraient les bâches qui recouvraient les pick-up pour pouvoir respirer.
Mais le voyage ne dure pas beaucoup: au bout d’une heure, les gendarmes turcs découvrent le convoi: ils nous font descendre des pick-up, arrêtent les passeurs. Avec ciquante autres migrants, je réussis à m’échapper, mais, au milieu des montagnes et des forêts peuplées d’animaux, nous réalisons vite que notre esule chance de survie est de nous rendre aux gendarmes et de rejoindre le sort de nos autres compagnons de voyage. Les gendarmes nous font alors passer la nuit dans la vallée et à l’aube nous reprenons le voyage vers l’intérieur de la Turquie. En remontant la vallée, j’ai revu le corps, déjà dévoré par les animaux d’Abou-Saïf. Nous avons donné 2000 dollars aux gendarmes turcs en leur demandant d’enterrer le corps, en espérant sans illusions que l’argent ne finirait pas dans leurs poches.
Après trois jours de voyage les 500 migrants descendent des bus et sont enfermés dans un gymnase, transformé provisoirement en prison. Là les 20 Turcs du groupe sont libérés, les Afghans transférés dans une autre prison et nous, les 450 Iraquiens maintenus dans le gymnase.
Là, nous devons dormir sur le sol, avec une seule toilette pour tout le monde. Les gendarmes ne nous donnent à manger qu’une fois par jour, à 17h00, une demi-baguette et une tomate par personne. Après 8 jours, nous sommes tous transférés dans une prison, dont je ne connais pas le nom, mais qui est plus au moins à 5 heures de route d’Izmir. Je resterai là deux mois. Les cellules où nous devons rester toute la journée enfermés à 10, mesurent 2 metres sur 3, et nous devons dormir tête-bêche. Je n’arrête pas d’entendre autour de moi les pleurs des enfants, de plus en plus malades, obligés de rester enfermés dans les cellules de la prison dans la chaleur de l’été turc.

C’est en prison que commencent les interrogatoires dont le but est de faire déclarer aux migrants qu’ils sont Iraquiens afin de les expulser dans leur pays d’origine. Au début, la plupart se déclarent palestiniens, seuls garantie de ne pas être expulsés de Turquie. Le chantage est fort: la question est la même chaque jour: « Etes vous Iraquiens ? ». À celui qui persiste à dire qu’il est palestinien le seul repas de la journée est refusé et il lui est interdit d’aller aux toilettes. Si un père de famille refuse d’admettre qu’il est Iraquien, ni lui ni sa femme ni ses enfants ne mangeront ce jour-là, et aussi longtemps qu’ils continueront à se dire palestiniens. Après deux mois de ce chantage, 340 reconnaîtront être Iraquiens et seront refoulés dans leur pays. Je serai parmi les 110 qui continueront, malgré les sévices, à se déclarer Palestiniens et on nous fera sortir avec un papier nous attribuant la nationalité palestinienne.

Sorti de prison, je suis retourné dans le quartier Aksaray, à Istambul, où j’ai retrouvé les autres Irakiens attendant un passage. Il y avait ceux qui venaient d’arriver de Syrie ou d’Irak, ceux qui avaient été refoulés à la frontière grecque, et ceux qui, comme moi, sortaient des divers prisons et commissariats. Après seulement deux jours je me suis joint à un autre départ avec un passeur. Cette fois-ci nous n’étions que 40. Nous avons marché pendant deux jours dans le forêt accompagnés par le passeur, mais encore une fois, les gendarmes turcs nous ont interceptés et enfermés dans une prison à quelques heures d’Istanbul. Dans cette deuxième prison, où je ne suis resté que qu’une semaine grâce audocument qui m’avait été délivré lors de la rétention précédente et me déclarait Palestinien, les conditions de vie étaient encore pires que dans la précédente: tout le monde était malade, il y avait des poux, des gales, et les conditions hygièniques étaient tragiques. Des personnes de pays divers y étaient enfermées: d’Iran, d’Irak, du Blangadesh, du Sri-Lanka...

J’ai décide alors que me troisième tentative serait la dernière, car j’étais trop fatigué pour pouvoir continuer; j’en suis venu à penser que si je n’arrivais pas à aller en Europe, je m’installerais comme beaucoup de mes amis en Turquie, contre ma volonté, en restant dans les chambres d’attente d’Aksaray à côtoyer les personnes refoulées de la frontière et à écouter les histoires de morts abandonnés au milieu de la forêt. Cette fois là, j’ai payé le passage plus cher que précédemment et nous n’étions que 10, rien que des hommes. On nous avait promis un passage par une entrée où les empreintes digitales n’étaient pas prises. Nous avons marché en forêt pendant cinq jours, par des vallées et des montagnes, sans eau ni nourriture, pour arriver enfin à Athènes. Je me considère comme fortuné: en Irak et tout au long de mon voyage, j’ai entendu de nombreuses histoires sur la frontière gréco-turque. Par exemple des histoires de personnes qui ont marché 22 jours avant d’arriver en Grèce. Mais la voie la plus dangerause est la voie par mer: les courants sont très puissants et les petits bateaux coulent facilement. J’ai entendu parler d’une femme qui avait vu son enfant emporté par une vague; elle avait essayé de faire stopper le bateau mais les passeurs l’avaient jetée à l’eau.

Je ne connais pas les statistiques, ni les raisons de cette guerre contre les migrants, mais les histoires des morts de cette frontière ont accompagné tous mes voyages. Cinq de mes copains, partis d’Irak vers l’Europe sont morts congelés dans la forêt.

Je suis maintenant en France et j’essaye de me rendre en Suède.

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