Nella stessa rubrica

The illegalization and deportation of refugees in Tunisia (by Debora Del Pistoia, Glenda Garelli, Martina Tazzioli) (november 2015)

Rifugiati in Tunisia: tra detenzione e deportazione (dossier a cura di Glenda Garelli, Federica Sossi, Martina Tazzioli, aprile 2015)

Migrants in Tunisia: Detained and Deported (dossier by Glenda Garelli, Federica Sossi, Martina Tazzioli, April 2015)

Réfugiés en Tunisie: entre détention et déportation (dossier établi par Glenda Garelli, Federica Sossi, Martina Tazzioli, avril 2015)

"UNHCR told us, the refugee from Choucha, to come back to Libya. They protect only our body flesh, but not our lives", Interview with a refugee from Choucha camp (Tunisa, July 2014)

"On n’a que Choucha comme espace", Interview avec Amidou (Tunisie, juillet 2014)

Questa non è una vita. Reportage su Choucha/Cela n’est pas une vie. Reportage de Choucha. (Tunisia agosto 2013/Tunisie août 2013, reportage et vidéos)

Tunisi, 6 settembre 2013/Tunis, 6 septembre 2013.

Ridateci indietro le nostre vite. Choucha, manifestazioni dei rifugiati (Tunisia, aprile 2013)

We are refugees of Choucha camp. We are in An open hunger strike خامس ايام الاعتصام واليوم الثاني للاضراب جوعا

Réfugiés en Tunisie: entre détention et déportation (dossier établi par Glenda Garelli, Federica Sossi, Martina Tazzioli, avril 2015)

Introduction (en anglais)

In the past few months, we witnessed the attempt to strengthen the project of European borders’ externalization. The new externalization plan would include:
• policies for controlling and intercepting migrants directed to Europe—as part of the Karthoum process established on November 28, 2014 but already announced by the Mediterranean Task Force in November 2013;
• asylum policies, according to what the Italian Ministry of the Interior Angelino Alfano proposed during the EU Justice and Home Affairs Council of March 12, 2015. Tunisia, together with Egypt, Morocco, Niger, and Sudan is presented as one of the “laboratories” where the first projects of asylum externalizations would be implemented, with the opening of “reception” centers sponsored by the European Union. The European Union will also ask Tunisia and Egypt to engage in search and rescue operations.

Should this plan be implemented, migrant boats coming from Libya would be intercepted by the Tunisian Garde Nationale, migrants would be disembarked in Tunisia, and Tunisian authorities would proceed to processing asylum claims and managing status refugees, with the support of IOM and UNHCR. This is the goal that the European Union already tried to achieve in March 2014, when it signed a Mobility Partnership with Tunisia, which has not been implemented yet.

Bilateral agreements between Tunisia and other European countries—first of all Italy, which strengthened its collaboration on migration issues with Tunisia in June 2014—are no news; however, this project for a collaboration with third countries for migration control and asylum externalization staging Tunisia as one of the first laboratory-states, seems to indicate a new step in the construction of a European pre-frontier space.
While the European Union is planning to strengthen its pre-frontiers—humanitarian one and otherwise—by externalizing control policies, detention camps, and international protection mechanisms, some of the “rejected” refugees of Choucha are still at the camp, officially closed by UNHCR in June 2013, where they have been for four year now and where they have been demanding to the EU to be reinstalled in a safe place.

Our dossier here below provides an overview of what’s happening to migrants and refugees in Tunisia, focusing on those who are imprisoned in the detention center for foreigners of Al Wardia, located in a neighborhood in Tunis’ periphery.

Dossier sur la situation du Centre de rétention pour étrangers à Al Wardia, Tunis (établi par Glenda Garelli, Federica Sossi, Martina Tazzioli) avril 2015.

La situation du Centre de rétention pour étrangers de Al Wardia est particulièrement alarmante. On sait qu’il y a centaines de migrants qui y sont détenus chaque mois sans aucune possibilité de soutien légal et juridique et, pour cette raison, complètement à la merci des policiers qui gèrent le Centre. Les prisonniers avec lesquels on a pu entrer en contact téléphonique nous ont décrit une situation très lamentable due à l’absence de possibilités de contact avec le monde extérieur, à la situation dans les cellules, à la pression de la part des policiers et au chantage subi pour chaque demande, à la carence de vrais soins médicaux, et à une situation lamentable du point de vue de la nourriture et de l’hygiène des locaux de détention. Mais le fait le plus préoccupant est l’absence d’un soutien juridique, ainsi que tout ce qui se passe dans la prison et après la prison est de l’ordre de illégalité.

Les migrants qui y sont détenus ont deux possibilités de sortir. La première est de payer eux même le billet pour leur rapatriement. On signale, en outre, que dans le Centre, sont emprisonnés aussi des refugiés de Syrie, qui, ne pouvant évidemment pas rentrer dans leur pays, sont obligés à payer le billet pour la Turquie. D’habitude, dans le Centre se trouvent aussi des refugiés statutaires avec les papiers reconnus par l’Unhcr dans d’autres pays. La seconde possibilité de sortir du Centre est celle d’être déportés en Algérie. Chaque semaine, en effet, il y a des déportations pendant la nuit ou aux premières heures du matin: les migrants sont amenés dans un lieu de frontière près de la ville de Kasserine et laissés de l’autre côté, dans une zone désertique. Souvent il y a des cas de mort, parce que les migrants se perdent avant d’arriver dans un lieu habité. Nous même sommes à connaissance de la mort de deux migrants d’origine somalienne avec lesquels on a été en contact pendant leur détention à Al Wardia - et qui ont été déportés par la suite avec d’autres personnes. Ce sont ces personnes, qui ont survécu, qui nous ont appelé une fois arrivés dans une ville algérienne pour nous raconter l’histoire.

Très près de la prison pour les hommes il y aussi un lieu de détention des femmes et des enfants. Pour ce qui concerne ce Centre on n’a pas pu établir un contact direct, mais on connaît son existence par le témoignage de réfugiés syriens avec lesquels on a pu parler et dont les familles étaient enfermées dans des locaux de cet autre Centre.

Nous avons ces informations parce que, pendant le mois de novembre, nous avons été contactées par un refugié rejeté de Choucha qui y était emprisonné et que nous avions connu à l’occasion de nos visites au Camp. On a pu donc parler avec lui et d’autres personnes présentes dans le Centre, à plusieurs reprises, bien que chaque fois, après nos conversations, les migrants aient été menacés par les policiers. On a pu aussi garder des contacts après leur rapatriement ou de leurs déportation. Nous avons recueilli plusieurs témoignages dont nous présentons ici ceux que nous avons pu enregistrer et transcrire.

Entretien avec A. après son rapatriement (16 janvier 2015)

Q : Est-ce que tu peux nous raconter la prison à Tunis où tu as été. Nous voudrions essayer de voir s’il est possible de faire quelque chose pour dénoncer cette situation et pour les autres personnes qui y sont encore détenues.

R : Les policiers tunisiens arrêtent les personnes étrangères dans la rue et puis ils les obligent à payer leur billet pour leur rapatriement.

Q. : Dans le Centre de Al Wardia il y a donc seulement des immigrés, certains qui ont été arrêtés dans la rue, et d’autres qui arrivent directement de la prison ?

R : Oui, des étrangers, c’est un Centre pour les étrangers, il y a aussi les réfugiés syriens qui arrivent en Tunisie et aussi de réfugiés de Choucha, comme moi par exemple. Dans la prison tu dois payer pour chaque chose, si tu veux avoir le portable tu dois payer, 200 dinars. Il y a surtout un commissaire de la police de frontière qui travaille avec la Garde Nationale, c’est lui qui organise les choses. Après avoir été dans le Centre, les personnes sont déportées vers l’Algérie et elles sont abandonnées vers minuit dans le désert, vers la ville de Tebessa.

Q: Quand tu es arrivé au Centre, combien des prisonniers il y a avaient dedans?

R : A chaque instant il y avait des gens qui arrivaient, les nouveaux arrivent le jeudi et le dimanche.

Q: Où est-ce que ils sont déportés dans le désert, dans quelle ville de l’Algérie ?

R : Pour ce qui concerne l’Algérie je ne le sais pas, je sais que pour ce qui concerne la Tunisie ils passent par la ville de Kasserine. Je sais qu’en Algérie ils les laissent près d’une petite ville, juste après la frontière.

Q: Mais est-ce que il y a un accord entre la Tunisie et l’Algérie pour les déportations?

R: Non, il n’y a pas d’accord, ils les déposent là clandestinement. Ils leurs donnent une bouteille d’eau, une baguette et ils les abandonnent là.

Q: Est-ce que c’est arrivé aussi avec les Somaliens qui étaient dans la prisons avec toi? Et après qu’est-ce que s’est passé ?

R : Certains se sont perdus dans le désert et ils sont morts, tandis que les Nigériens qui étaient avec eux ont marché beaucoup sauf qu’à la fin ils se sont retrouvés à nouveau en Tunisie, avec les policiers tunisiens. Quand les Somaliens qui étaient dans la même cellule que moi ont été déportés, les policiers ont fait beaucoup de pression sur moi en me disant que ou bien j’avais l’argent pour acheter le billet pour mon rapatriement ou bien ils allaient me déporter vers l’Algérie comme ils avaient déjà fait avec mes camarades.

Q: Combien de temps es-tu resté à Al Wardia ?

R: Je suis resté là-bas deux mois. A’ Al Wardia il y a avaient à peut-près 100 personnes, mais après il faut compter aussi ceux des quatre autres Centres, je ne sais pas exactement où ils sont, mais à Tunis, je connais celui de Alaouina ; et pour tous les Centres il y a un seul médecin, ainsi si tu es malade un jour on te dit que tu dois attendre ton tour dans le centre de Al Wardia , parce qu’il doit aller aussi dans les autres Centres.

Q : Mais dans le Centre on peut garder les contacts avec l’extérieur, on peut avoir un portable ?

R : Oui, mais il faut payer. Pendant le période où j’étais à Al Wardia, un ami à moi a eu la possibilité d’avoir un avocat, quand il vous a contacté et vous l’avez mis en contact avec un avocat. Personne avant lui n’avait eu cette possibilité quand il vous a contactées et que vous lui aviez donné le contact de l’avocat. Le policier lui a dit que il avait de la chance parce que personne avant lui avait eu cette possibilité. L’avocat qui est entré au Centre a posé des questions et le directeur lui a répondu que le pays appartient à tout le monde, mais qu’il faut respecter des règles. Ils ont menacé l’avocat, en lui disant qu’ils pouvaient lui faire des problèmes s’il continuait à s’occuper de mon ami. Après la police est venue dans la cellule pour menacer mon ami parce qu’il avait un avocat et des personnes en Italie qui s’occupaient de lui et qui l’aidaient. Ils ne comprenaient pas, ils lui ont posé beaucoup des questions pour cette raison, parce que il connaissait des Italiens, et parce que il avait un avocat. Ils ont interrogé mon ami plusieurs fois, et enfin ils lui ont dit que il devait s’organiser pour acheter son billet d’avion, et vite, parce qu’ils ne voulaient pas que un avocat et d’autres personnes s’occupent de cette chose. Ils lui ont dit que il devait s’en aller aussi tôt que possible, parce que sinon ils l’auraient déporté en Algérie, c’est pour cela qu’il avait peur et que il vous a demandé de l’aider à acheter son billet.

Q: Combien des gens ont été déportés en Algérie pendant que tu étais là-bas ?

R: 26 personnes, parce qu’elles n’avaient pas d’assistance juridique ou l’argent pour le billet pour le rapatriement.

Q: Des hommes seulement?

R: Pour ce qui concerne les femmes, je ne sais pas, parce que elles étaient dans un Centre à coté et je n’arrivais pas les voir. Mais pour ce qui concerne les hommes j’en suis sûr, la Tunisie n’est pas un pays accueillant.

Q: Et pour ce qui concerne les refugies syriens, quel est leur voyage pour arriver en Tunisie?

R : Ils arrivent par avion de la Turquie.

Q : C’est pour cela qu’au Centre de détention on leur demande de retourner en Turquie ?

R: Certains parmi eux arrivent de l’Egypte en passant à travers le Liban, ou bien ils arrivent en Lybie en bateau. Ici, en général, les visas sont valables pour trois mois, et après que ton visa a expiré il faut payer 100 dinars par mois pour avoir une carte provisoire. Quand tu es dans le Centre de rétention, pour le rapatriement on te demande de payer toute la somme que tu n’as pas payé à partir de la date d’expiration de ton visa. C’est aussi pour cette raison que l’Oim n’arrive plus à organiser les rapatriements, parce qu’eux aussi selon les autorités tunisiennes doivent prendre en charge toute la somme, pas seulement de celle du billet. Pour ce qui nous concerne, pour nous de Choucha, qui sommes en Tunisie depuis longtemps et qui, maintenant, n’avons pas des papiers, c’est presque une contrainte de chercher de prendre le bateau pour aller vers l’Italie. Moi, j’ai pu voir combien gagnent à Zarzis ceux qui organisent les voyages, j’ai fait même des vidéos sur les lieux de départ, j’ai pu voir combien d’argent ils gagnent. Je prenais des photos, je faisais des vidéos, et j’écrivais. J’étais à Zwhara pour voir les contrebandiers. En fait, les jeunes partaient. Tous mes vidéos et mes photos, et aussi mon équipement, tout est resté dans ma chambre à Tunis. Et je n’ai trouvé personne qui puisse aller à prendre mes affaires à la maison. J’étais même là quand il y a eu le naufrage de 250 personnes et parmi eux plusieurs réfugiés de Choucha. Quand les autorités tunisiennes ont déclaré que le camp de Choucha avait été fermé et qu’il n’existait plus, tandis que nous, les refugies déboutés étions encore là, l’Unhcr ne s’est plus occupé de nous. Depuis 2011 on est à Choucha mais les documents que l’Unhcr nous a donnés nous font des problèmes si nous rencontrons la garde nationale. Ils nous prennent les documents et il nous envoient en prison.

Q : Est-ce que l’Unhcr vous disait d’aller en Lybie ?

R : Non, ils ne nous disaient rien de tout. Tout ce qu’ils nous disaient c’était que nous ne pouvions pas rester là-bas, et que nous devions nous organiser nous-mêmes pour rentrer dans nos pays.

Q : Est-ce que tu as des contacts avec des personnes qui ont été déportés en Algérie ?

R: Je connais les Somaliens qui y ont été déportés et j’ai connu aussi un gars qui s’appelle T. Lui, il m’a appelé une fois et il m’a expliqué qu’en Algérie les policiers les mettent dans des prisons et après six mois ils les amènent vers le désert entre l’Algérie et le Niger. Là-bas ils ont 15 jours pour s’en aller et quitter l’Algérie - s’ils ne la quittent pas eux-mêmes, de leur propre initiative et avec leur argent, alors on les déporte. Mais ils y des autres personnes qui peuvent vous raconter mieux que moi, deux Nigériens qui étaient à Ben Guerdane. L’un des deux, O., peut vous dire ce qui se passe, parce que eux, ils ont été arrêtés par la police tunisienne parce que ils n’avaient pas le passeport et déportés en Algérie avec les Somaliens qui été dans la même cellule que moi à Al Wardia . Ils ont marché beaucoup, et tandis que certains parmi les Somaliens sont morts, ils se sont retrouvés en Tunisie. La police tunisienne les a pris à nouveau mais maintenant je crois qu’ils sont à Ben Guerdane.

Q: Donc, pour revenir à l’épisode de l’Algérie: on sait que il y a eu des morts, mais comment sont-ils morts?

R : Ils sont morts de soif dans le désert. Si on va avec ceux du Croissant Rouge, on trouvera les points où ils sont morts.

Q : Est-ce qu’il y en a d’autres, au-delà des Somaliens, qui sont morts dans le désert ?

R : Oui plusieurs. C’est un système qui est en place depuis longtemps, celui-ci des déportations vers l’Algérie, bien avant que je sois arrivé en prison. Avant la guerre, ils faisaient les déportations vers la Libye; mais maintenant, avec les problèmes en Libye, ils déportent les personnes vers l’Algérie. Les personnes déportées sont laissées par la police vers le mont Chaambi, l’endroit où il y a des salafistes et la police qui lutte contre eux. Le mont Chaambi est proche de la ville de Kasserine.

Q: Est-ce que il y avait des médecins en prison?

R : Il y avait un médecin qui s’occupait des femmes et des enfants. Si tu as quelque chose de grave, ils t’amènent directement à l’hôpital.

Q : Ni l’Unhcr ni l’Oim sont jamais venus à vous parler ?

R: Jamais. Il y avait des jeunes qui contactaient toujours Alessandra de l’Oim à Tunis mais ils disaient qu’ils n’avaient pas d’argent et que donc ne pouvaient pas les aider. J’ai le contact de Alessandra de l’Oim de Tunis, dans mon portable.

Q: Donc vous étiez en contact seulement avec la police? Mais qui était là, des jeunes de Choucha ?

R : J’avais les documents de l’Unhcr, le document qu’ils nous ont donné à Choucha quand on est arrivés.

Q : Qu’est-ce que on peut faire à ton avis pour dénoncer la chose?

R : Il faut dénoncer ce que ils font, qu’ils font des rafles dans les rues, et que, après, ils amènent les personnes dans le désert et les condamnent à y mourir dans le désert. Ca n’est pas possible - tout le monde a le droit de vivre. J’ai donné des images à Jeune Afrique, je connais quelqu’un la–bas et j’ai lui demandé de les publier. J’ai collaboré avec Lorena Lando de l’Oim pour comprendre comment les personnes s’organisent pour aller en Libye ; à Alessandra de l’Oim de Tunis j’ai raconté tous les détails des voyages vers l’Italie et les morts en mer, et elle m’a répondu que c’était trop compliqué.

Q : Est-ce que tu peux nous raconter mieux la situation en prison ?

R : Parfois la police était violente avec nous. Parfois on nous donnait la même nourriture deux fois par jour, et souvent le riz est mal cuit, il y a aussi des haricots tunisiens avec de la viande. Toujours la même chose. A midi le riz ou le couscous. Et après c’était l’inverse. Parfois des pâtes sans viande. J’avais toujours mon eau. Ils ne nous laissent pas manger, ils ne nous donnent pas de gel de douche. Les toilettes sont terribles, elles ne sont jamais nettoyées et les personnes peuvent avoir des maladies.

Q : Est-ce que il y a des conditions différentes entre les cellules selon le prix qu’on paye ?

R : Les personnes qui doivent être rapatriées dans la semaine payent les policiers pour avoir des conditions meilleurs et rester dans une cellule meilleure. Par exemple le monsieur de la Gambie, avec lequel vous avez parlé.

Q : Ces personnes-là ont l’argent pour se garantir une cellule meilleure.

R : Si tu leur donnes de l’argent ils te mettent dans une cellule meilleure.

Q : Toujours dans la même prison ?

R: Si tu as de l’argent, tu peux aller dans des cellules meilleures, mais tu peux rester seulement une semaine. Quand tu achètes le billet d’avion, ils te mettent dans une cellule meilleure pour deux semaines jusqu’à ce que tu partes. Les personnes arrêtées (par exemple une personne qui avait une entreprise et donc de l’argent, ou des Syriens qui avaient de l’argent) peuvent payer pour rester en prison dans des conditions meilleures, dans une caserne très proche.

Q : Mais s’agit-il du même bâtiment ?

R : C’est toujours à Al Wardia mais ce n’est pas le même bâtiment. Les cellules sont dans le même lieu mais c’est un bâtiment différent, une caserne. Une partie est pour la Garde nationale, et après il y a un autre bâtiment. En plus : vu que les Syriens ont de l’argent, la police augment le prix et donc ils doivent payer plus, et ils doivent payer en dollars, pas en dinars. Aux Syriens ils font payer 300 dollars. Dans la période où j’étais en prison, les déportations ont étés: 240 Syriens déportés en Algérie et 180 déportés en Turquie ; donc 300 plus ou moins, au total - après je trouve le feuille ou je l’ai écrit et je vous dis.

Q : Merci beaucoup et merci de ton aide. On essaiera de faire quelque chose. On va rester en contact.

***

Entretien avec D. (28 février 2015)

Q : Est-ce que tu connais des refugiés statutaires qui ont été emprisonnés à Al Wardia ?

R : Oui, oui. Il y avait même une personne de Choucha avec le statut de réfugié qui, l’année dernière, à un certain moment, a décidé d’aller en Libye et de partir pour l’Italie parce qu’il n’y avait pas de solution pour sa réinstallation. Le bateau a été intercepté par les autorités italiennes, et après la Garde Nationale tunisienne a amené les migrants au port de Sfax. Apres, B., ce refugié de Choucha, a été mis à la prison de Al Wardia.

Q : Mais quand cela s’est-il passé ?

R : Je ne me rappelle pas exactement, mais vers le mois de mars ou d’avril 2014.

Q : Est-ce que tu es resté en contact avec B. après qu’il a été mis en prison?

R : Oui, moi j’ai aussi contacté l’Unhcr pour leur demander d’aider B., vu qu’il était réfugié. Mais les personnes du bureau de l’Unhcr m’ont répondu qu’ils ne pouvaient rien faire, parce que mon ami avait fait une chose irrégulière (il avait pris le bateau depuis la Libye pour partir comme un clandestin) et donc ils ne pouvaient pas l’aider. L’Unhcr nous traite comme des clandestins, même si on n’as pas d’autre choix que d’aller en Libye et de partir avec un bateau.

Q : Et donc, qu’est-ce qui s’est passé avec lui ?

R : Même l’Oim ne pouvait pas l’aider à quitter le pays, et alors il a demandé de l’argent à ses amis et il a acheté son billet de retour, pour rentrer dans son pays. C’est un refugié et pourtant l’Unhcr n’a rien fait pour lui.

Q : Est-ce que tu connais d’autres migrants qui ont été emprisonnés à Al Wardia ?

R : Oui, des Syriens aussi, parce que mes amis qui sont dans la prison m’ont dit que il y en a, même des familles. Une fois une femme syrienne a mis sur facebook la photo de son enfant qui était lui aussi en prison, et après à minuit la police est venue et on ne sait pas où ils ont été amenés. Même nous, les refugies, nous avons peur maintenant parce qu’on sait que si on est attrapés par la police et emprisonnés à Al Wardia , après on risque d’être déportés en Algérie. Avant, la police amenait les détenus vers la Libye, mais maintenant c’est plutôt vers l’Algérie. L’autre jour, j’étais au bureau de l’immigration à Tunis et la police m’a demandé mon passeport ; et moi j’ai montré le document de refugié, de l’Unhcr mais ils m’ont dit que ce document-là, ça n’est rien pour la Tunisie et que je pouvais le jeter dans la poubelle. Donc on est dans une situation d’insécurité totale, on peut être attrapés par la police à tout moment.

Interview with R., an Eritrean refugee rescued by the Tunisian Garde Nationale in July 2013.

Q: When did you arrive in Tunisia?

R: I arrived in July 2013. I left Libya by boat with other Eritreans, from the city of Zhwara and then our boat after some hours started to sink. We remained seven days at sea, nobody came to rescue us. We called Italy, Italian authorities but nobody came. The seventh day we had been rescued by the Tunisian Garde Nationale that took us to Zarzis.

Q: And then what happened? How many people were on your boat?

R: We were 94 people, all Eritreans. When we arrived the Garde Nationale transferred us for some hours in a place in Zarzis, I don’t remember where. And then, after maybe one day, 60 of us have been moved to the prison of Oaurdia.

Q: And the others?

R: I don’t know, I think to Medenine. Yes, to Medenine.

Q: And why did they take you and some of your friends to Ouardia and the others in another place?

R: I don’t know, they divide us in two groups but I don’t know the criteria.

Q: Were you already a statutory refugee when you arrived in Tunisia?

R: yes, I got the refugee status in Sudan. And also some of the other people on the boat were refugees like me.

Q: How long did you stay in Ouardia?

R: More or less one month. Then, I called UNHCR saying that I’m a refugee and finally they succeeded, after one month, to release me. I think everybody had been released but I’m the only one who is still in Tunisia. The others went back to Libya and some of them are now in Italy.

Q: What the police did at the harbour in Zarzis?

R: They only asked me my name and surname, that’s all. And they took the first 60 people of the group, me included, and moved us to Ouardia.

Q: So, now do you have your UNHCR refugee certificate?

R: Yes, look, it’s this paper. But it’ useless in this country. I stay here in the peripheral neighbourhood of Tunis, aware that the police can arrest me anytime. You don’t have any right, here in Tunisia as refugee. When UNHCR helped me to go out of Ouardia, then they told me: it’s better if you move away since you cannot do anything here.

Q: Did they tell you to go back to Libya?

R: No, they didn’t say this. But they say that I have to build my life autonomously, since the refugee paper doesn’t give me anything here.

Il progetto
Français
English

Interviste e racconti
Africa
Europa
Nord America
Sud America
Australia
Asia

Politiche migratorie e dispositivi di controllo
Interviste e documenti
Cronologia

Immagini e Video
Video
Immagini

Links
scritture migranti
escrituras migrantes
Passaparole Milano

Iscriviti alla Newsletter

Boat Migration to Italy (2007)

"Repenser les migrations : pour une libre circulation dans l’espace méditerranéen", actes de colloque de Tunis 30 septembre/1 octobre 2011; "Ripensare le migrazioni: per una libera circolazione nello spazio mediterraneo", atti del convegno di Tunisi 30 settembre/1 ottobre 2011.

"Tunisia: UNHCR makes us die at sea". Interview with a refugee from Choucha camp and now settled in Tunis (Tunisa, July 2014)

Migrants in Tunisia: Detained and Deported, 2 (September 2015)